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Le réflexe qui te coûte ta légitimité

Photo au bureau une femme téléphone en français devant son collègue

Imagine la scène. Le téléphone sonne. L'indicatif est vaudois, neuchâtelois ou jurassien. Ton cœur fait un petit bond.


Immédiatement, une petite voix intérieure chuchote : « Et si je ne trouve pas mes mots ? Et si ma grammaire n'est pas correcte ? »


Sans même y réfléchir, tu te tournes vers ton collègue masculin. Lui, il n'hésite pas.

Il décroche, lance un « Allô, oui, c'est moi » un peu trop fort, avec un accent suisse allemand qui force le trait et des tournures de phrases que tu n'utiliserais jamais.


Pourtant, c'est lui qui parle à ton client romand. Ce client avec qui tu as eu déjà 5 échanges par email. Toi, qui maîtrises le sujet et qui sais exactement ce dont le client a besoin, tu restes en retrait, persuadée que ton français n'est pas assez « parfait » pour être professionnel.


Si tu te reconnais dans ce scénario, sache une chose essentielle : tu n'es pas seule. Et surtout, tu te trompes de combat.


1. La réalité du terrain : Ce que tes clients pensent vraiment

Voici une vérité qui pourrait te surprendre : ton client romand ne t'écoute pas avec un stylo rouge à la main, prêt à corriger tes erreurs de grammaire et de prononciation !

Quand il t'appelle, il a un problème à résoudre, une commande à passer ou une information technique à valider. Il n'attend pas une performance linguistique ; il attend une solution.


Dans son esprit, la hiérarchie est simple :

  • Priorité 1 : Est-ce que mon interlocutrice comprend mon besoin ?

  • Priorité 2 : Est-ce que mon interlocutrice sait me proposer une solution compétente ?

En passant l'appel à ton collègue, tu ne protèges pas ton image professionnelle. Au contraire, tu envoies un message involontaire : « Je ne suis pas assez compétente pour gérer ce dossier ». Or, la confiance est la première marque de professionnalisme, bien avant la fluidité de la langue.


2. Redéfinir le professionnalisme : compétence vs. bilinguisme

Il est temps de déconstruire ce mythe tenace : « Être pro, c'est être bilingue ». C'est faux. Être professionnelle, c'est être capable de transmettre un savoir-faire, une expertise et des connaissances. Le français n'est qu'un véhicule, un outil.

Pense à un médecin, un ingénieur ou un avocat. Tu les respectes pour leur diagnostic, leur calcul ou leur plaidoirie, pas pour la pureté de leur accent. Si ton collègue parvient à se faire comprendre avec un français approximatif, c'est parce qu'il mise tout sur le fond. Toi, tu as le fond et la forme (bien meilleure que la sienne !). Le seul élément manquant, c'est la conviction que ton message a de la valeur, même avec une petite hésitation grammaticale.


Un français « imparfait» mais clair et structuré, est infiniment plus professionnel qu'un français "scolaire" vide de contenu. Tes clients romands préféreront toujours une phrase simple et correcte dite avec assurance, qu'une phrase complexe hésitante.


3. La preuve par l'exemple : La clarté bat l'élégance

Prenons un exemple concret.

  • Situation A : Ton collègue dit : « Alors, pour la dossier, on font comme ça, c'est bon, non ? » (Grammaire douteuse, ton familier, mais décision actée).

  • Situation B : Tu hésites : « Je pense que... euh... peut-être que nous pourrions envisager de revoir les aspects techniques avant de décider ? » (Grammaire correcte, mais manque d'assurance et de prise de décision).


Le client romand choisira la Situation A non pas parce que le français est meilleur, mais parce que la décision est claire.


Maintenant, imagine une Situation C, celle que tu peux incarner dès demain : « Pour ce dossier, c'est la solution technique no 2 que je recommande. Elle présente les avantages déjà discutés ensemble. Vous êtes d'accord pour procéder ainsi ? »

Phrase simple. Sujet, verbe, complément. Pas de subjonctif imparfait, pas de tournure littéraire. Juste de la clarté. C'est ça, le vrai professionnalisme. C'est transmettre l'information efficacement. Tes clients romands sont pragmatiques : ils veulent du résultat, pas de la poésie.


4. Ton défi bienveillant pour la semaine

Alors, comment passer à l'action sans te mettre une pression monstrueuse ?

Je te propose un petit exercice de mindset pour ton prochain appel avec la Romandie.


Avant de décrocher, rappelle-toi cette phrase : « Je suis l'experte de mon domaine. Mon français est suffisant pour partager mon expertise. »


Ton objectif n'est pas de parler sans aucune faute. Ton objectif est simplement de transmettre une information. Si tu cherches un mot, fais une pause. Dis : « Je cherche le mot exact, un instant, s'il vous plait ». Cela montre que tu soignes la précision du fond, ce qui est très professionnel.


La prochaine fois que le téléphone sonne et que tu vois un 021, 024 ou 032 :

  • Respire lentement et profondément;

  • Dis-toi que ton client a besoin de toi, de ton expérience et de tes compétences. Il n'a pas besoin d'un dictionnaire ambulant.

Ton client Romand a besoin de toi, avec ton expertise et ton français tel qu'il est aujourd'hui. Et crois-moi, c'est amplement suffisant.

 
 
 

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